Les salades de Monsieur Bruno le Maire

Argumenter blanc pour en déduire noir !

Notre Ministre de l’économie se transforme en vendeur de salades pour le compte de Carrefour.
Coiffé de son béret, baguette de pain sous le bras, il parcourt les chaînes télé pour nous dire : « Le jour où le consommateur se rend chez Carrefour, chez Auchan ou chez Leclerc et où il ne trouve plus de riz, plus de pâtes… il fait comment ?  » … Il achète des salades !!!

En 2019, sur 185 magasins Carrefour en France, 104 sont dans le rouge. En 2020, la situation de ces hypermarchés déficitaires ne devrait pas s’arranger. Bruno Le Maire a éconduit le canadien Couche-Tard, qui fort de ses 3 milliards de réserves financières, avait approché Carrefour le 12 janvier. Pourquoi une telle décision ?

Le Ministre a répondu le 13 janvier qu’il y était opposé pour des raisons de « souveraineté alimentaire ». Selon lui, les pénuries qui ont été constatées sur certains produits alimentaires lors du confinement, ont bien montré qu’il est important de garder le contrôle en France de Carrefour. « La souveraineté alimentaire, j’y suis viscéralement attaché comme ministre de l’Economie et comme ancien ministre de l’Agriculture », a-t-il affirmé.
Donc, il convient que le fait que nos hypers soient franco-français ne nous met pas à l’abri de pénuries, mais assène cependant cet argument pour justifier de les garder français !! 

Dans son livre L’ange et la bête, Bruno Le Maire conclut : « Il faut un Etat qui contrôle et non un Etat qui subit, un Etat de plein exercice dans les secteurs stratégiques et non un Etat partie- prenante dans les affaires privées. » Non sans préciser quelques lignes plus loin que « la protection concerne avant tout les technologies sensibles, objet de prédation pour les puissances étrangères ».

On ne sache pas que l’Etat Français soit actionnaire de Carrefour ?

On ne sache pas, non plus, que la poudre de lait ou les rouleaux de papier toilette aient été élevés au rang de « technologies sensibles » ?… Peut-être les salades, alors ?
Cette politique à pensées variables, se vérifie à constater que d’un côté le Président Macron, à travers la tenue de son sommet « Choose France », fait la promotion de l’ouverture d’investissements étrangers au capital de nos entreprises, et qu’à la première occasion, son Ministre éconduit l’offre faite par le Canadien, à Carrefour !

Nous sommes au moins d’accord sur un point, ça sent la merde… d’où l’intérêt du papier cul… mais pas besoin de nous vendre des salades pour autant !

Politique d’achat.

Carrefour, fort de son logo tricolore et son credo cocardier, se fournit largement à l’étranger. Il propose dans ses magasins des kiwis venus des antipodes à bas prix aux côtés de ceux produits en Lot-et-Garonne et des pommes sud-américaines qui concurrencent nos Pink Lady françaises. Carrefour est l’un des premiers importateurs en France de tomates du Maroc et de fraises espagnoles.

Devinez ce que l’allemand Lidl promet à ses clients français ? Des produits d’origine France. C’est le premier de ses engagements comme Carrefour. Et comme Carrefour, cela ne l’empêche pas de proposer aussi un grand choix de produits alimentaires importés. Lidl offre à ses meilleurs clients des peluches d’Astérix. Les actionnaires sont allemands mais ils servent à la clientèle ce qu’elle souhaite en ce moment.

Principe de réciprocité.

Deux arguments militent contre la décision du ministre. La puissance économique française s’est construite notamment sur de grandes entreprises multinationales – aucun autre pays européen ne dispose de 29 des 500 plus grands groupes mondiaux, dont le déploiement réclame le respect du principe élémentaire de réciprocité. Il n’y a pas qu’Alstom à avoir profité du rachat de Bombardier. Airbus a réalisé avec la reprise de l’activité aéronautique du Canadien mal en point le coup de la décennie.

Bruno Le Maire a souligné aussi que le groupe dirigé par Alexandre Bompard est le premier employeur de France avant d’expliquer qu’il est bien décisionnaire lui-même, en vertu du décret sur le contrôle des investissements étrangers. Ce texte prévoit que le ministre de l’Economie doit donner son accord pour permettre l’acquisition d’entreprises françaises de certains secteurs jugés sensibles, par des investisseurs étrangers.

On se souvient qu’en 2005, la France s’était émue que l’américain Pepsico tente d’acquérir notre fleuron Danone. Une loi avait même été votée en catastrophe pour protéger le groupe agro-alimentaire des appétits étrangers. Danone restée française a néanmoins vendu quelques mois plus tard ses biscuits Lu à l’américain Mondelez, qui depuis a développé une excellente stratégie vantant les céréales françaises. Bref, le caractère français ne serait-il pas juste un axe d’innovation et de communication ?

Notre souveraineté alimentaire ?

Si la souveraineté alimentaire est menacée, c’est par la dépendance de nos éleveurs aux protéines végétales venues de l’étranger. A commencer par le soja, souvent transgénique, qui est servi en complément aux bovins et aux volailles qui ne peuvent plus s’en passer. De même pour nos industriels de la charcuterie qui ne trouvent pas sur le marché français suffisamment de viande porc et à des prix compétitifs et se fournissent en Europe de l’Est. Passons sous silence le poulet que l’on sert dans nos cantines et hôpitaux. Rarement gaulois ! Quant aux plats cuisinés, frais ou congelés, ils sont devenus un assemblage de produits agricoles venus de toute la planète, champignons thaïlandais, crevettes africaines, choux chinois… C’est la poêlée de l’ONU. La souveraineté alimentaire (à ne pas confondre avec l’auto-suffisance alimentaire) est de longue date compromise.

Peut-être pourrions-nous commencer par tenter de la reconquérir en partant de nos assiettes. En obligeant industriels et distributeurs à indiquer l’origine géographique de tous les ingrédients, ainsi que celle de leur transformation. Ainsi pourra s’exercer le seul contrôle efficace, et craint de ces opérateurs : celui des consommateurs qui achètent ou rejettent les produits. La nationalité des actionnaires n’est pas la bonne voie pour reconquérir notre souveraineté.
En affirmant son attachement à la France le ministre Le Maire, use du même marketing que Carrefour et Lidl. C’est de la démagogie commerciale. 

Ou bien, notre souveraineté nationale ?

Là, par contre Monsieur Le Maire se montre plus indulgent. A qui appartiennent les 2700 milliards d’euros de la dette française ? Au fonds de pensions Américains, aux assureurs Allemands, aux traders Britanniques, à la BCE, bref pour l’essentiel à des étrangers sans qui notre Etat serait mis en faillite. Il n’aurait plus dans ce cas là à se soucier du bon approvisionnement du papier cul, chez Carrefour.

Mais de quoi je me mêle.

A vouloir se mêler de tout, l’Etat Français, passe à côté de ses vrais missions régaliennes. A l’évidence les activités de Carrefour ne constituent pas un domaine stratégiques affectant la sécurité nationale. C’est une entreprise commerciale privée de distribution de produits alimentaires, comme le canadien Couche-Tard et c’est aux actionnaires de décider de la constitution de leur capital.

Pourquoi, aussi, ne pas nationaliser Carrefour ? Quand on sait la capacité, bien connue, des politiques à transformer, sans délais, une entreprise viable en machine à subventions payées par le contribuable.  
Dans le seul but démagogique de se montrer vertueux, notre Ministre de l’économie pêche par excès, mais « le pire est l’ennemi du bien et l’ami de l’excès. »

Bruno Lemaire devrait méditer sur cette formule de Machiavel :

« Il ne sert presqu’a à rien que l’homme politique soit vertueux, il suffit que l’on croie qu’il l’est, Car la vertu est affaire d’intention, alors que la politique est affaire de résultat. »

2 commentaires sur « Les salades de Monsieur Bruno le Maire »

  1. Yes de quoi je me mêle, c’est exactement ce que je me suis dit et je ne suis pas la seule, quelques journalistes ont réagi ds le même sens que nous………….

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  2. La France en voie de tiers-mondisation : Santé, éducation, recherche, sécurité, et biensûr l’économie, l’industrie.
    Merci à la clairvoyance de nos zélites depuis 40 ans, à moins que ce ne soit fait exprès.

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