Du « politiquement correct » au « néopuritanisme woke »

En France, depuis les années 1980, le « politiquement correct », bien installé dans l’esprit américain, en agaçaient certains, mais en faisait sourire beaucoup, comme un curieux travers de la pensée d’outre atlantique. Nous comprenions, que cette jeune nation, puisse présenter de tels anachronismes. De l’excès en tout genre, nationaliste, capitaliste, libéral ou sexuel, au puritanisme le plus suranné, tout semblait excusable à ce peuple, qui n’avait pas connu l’époque des lumières.

Mais c’était feindre d’ignorer la capacité des Etats-Unis, à exporter ces tendances dans notre vieille nation européenne.  Et pendant que cette épidémie caricaturale traversait l’atlantique pour se répendre chez nous, le politiquement correct américain se transformait, lentement mais sûrement, vers un néo puritanisme plus dangereux, dénommé « Cancel culture » qui voulait tous nous rendre « woke ».

C’est ainsi que, contaminé par les grandes Universités Américaines, notre « gauche bobo », veut aujourd’hui, nous imposer ces idées de culture de l’ostracisation, de la négation, de l’anéantissement et de l’effacement.
Toute pensée alternative à l‘intersectionalité étant considérée, par ces intellectuels, comme déviante.

Le néopuritanisme qui radicalise progressivement notre espace universitaire, qui pollue de plus en plus nombre de nos publications, qui pratique une censure agressive, qui interdit le droit à la critique, nous conduit, sauf réaction, directement vers une dictature de la pensée. Un gros nuage cache déjà notre héritage des lumières, pour nous conduire vers des heures sombres, ou la pensée unique nous obligerait soit à nous soumettre, soit à être détruits.

Pas une semaine, sans l’annulation ou la tentative d’annulation de telle ou telle conférence, au seul prétexte qu’elle serait simplement contradictoire à l’esprit de la « Cancel culture ». Pas une semaine, sans chahuter l’auteur d’un livre qui ne satisfait pas aux exigences de l’écriture inclusive, prônée par des féministes intégristes. Pas une semaine sans l’annulation d’un événement commémoratif de notre histoire, qui serait considéré comme l’expression de notre coupable et honteux passé colonial.

Ce phénomène, au départ observé dans les milieux intellectuels de la pensée extrémiste, se répand d’autant plus rapidement qu’il est véhiculé dans le confort en 140 caractères des réseaux sociaux, qui ne nécessite qu’une simple adhésion facile et sans effort d’analyse, sans expertise quelconque et surtout sans risque de contradiction. L’adhésion fait autant de bruit que son rejet est silencieux et la gangrène se développe, jusqu’à être promue par les populistes de tout poil.

Être séduit par la facilité d’adhérer aux idées simples et mêmes simplistes d’une soi-disant justice sociale défendant telle ou telle minorité de race, de fonction ou de simple appartenance. Être animé par le seul plaisir de la revendication qui répond à ses propres frustrations. Être fier de faire partie de « ceux qui savent », pour intégrer une minorité d’éclairés. Tels sont les moteurs de l’adhésion, sans condition, a cette idéologie qui détruit les valeurs même de ce qu’elle prétend défendre.

Contrainte par ses exigences d’attention, la qualité est généralement plus difficile à défendre que la médiocrité. Il en est ainsi de la pensée, dont on se contentera souvent, qu’elle soit facile pour être vrai, en se rassurant de son partage.
En réalité, aller au-delà des apparences nécessite plus d’efforts et plus de détermination dans la quête de la compréhension. C’est pour cela que le risque d’épanchement vers la bêtise existe bien et cela d’autant plus que celui qui est bête, l’est sans le savoir, justement parce qu’il l’est.

C’est à ceux, conscients de cette situation qu’il convient de défendre la vérité, qui doit conduire notre civilisation, en acceptant l’effort de construire vaillamment nos raisonnements et notre pensée, vers la lumière en combattant l’ostracisme et le dogmatisme qui sont rapidement source de violence, de dictature et de privation de liberté.

La seule manière d’y parvenir passe par l’acceptation de la contradiction, par le débat, par le pluralisme et la mesure.
Ne refusons pas, d’être « woke » par principe, mais bien en démontrant que cette seule voie est dangereuse et indigne de l’intelligence humaine.

N’en déplaise au New York Times, nous laisserons à nos amis américains leur passé de cow-boys, leur 2ème amendement, leur pétrole de gaz de schiste, et même Trump. Mais de grâce qu’ils nous laissent Voltaire, Rousseau et Montesquieu.

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