Episode 0. Secret de confession.

(En souvenir de mes camarades : Jean-Marie, Gérard, Julien et du père Michel de Menditte)

J’ai été élevé dans l’éducation catholique. J’étais enfant de cœur. Ma mère était catéchèse du quartier.

Je fréquentais assidûment la Chapelle locale, à Chambéry (33), dirigée par un prête qui nous paraissait « moderne et sympathique ». De plus cette chapelle comportait un bâtiment mitoyen annexe, qui était un lieu de rencontres et de loisirs, de nombreux jeunes du quartier.

Cette annexe allait devenir, pour nous un véritable espace créatif de liberté.

Ma mère, qui concédait toute sa confiance, à tout ce qui pouvait de près ou de loin, se rapporter à sa foi ou son église, nous donnait systématiquement son accord, dès qu’il s’agissait de se rendre à la Chapelle : Nous en abusions un maximum.

Nous formions un groupe de quatre copains parmi les plus âgés. Nous sentant certainement volontaires et actifs, le prêtre nous avait confié l’animation de loisirs des plus jeunes et nous avions décidé de faire quelques petites comédies théâtrales, car le local à notre disposition comportait une grande salle et une scène en hauteur, un mini théâtre en fait.  

J’avais 13, 14 ans et ma foi s’effritait. Les histoires sur les aventures de Jésus, ressassées au catéchisme, me paraissaient de plus en plus ennuyeuses, enfantines et futiles. Redessiner, encore et encore, Jésus marchant sur l’eau ou multipliant les pains, ne m’amusait plus. Je voulais être plutôt acteur de mes histoires que contemplatif de celles de Jésus. Je n’allais pas complètement le quitter pour autant.

Je pressentais des nouveaux centres d’intérêts naissants et j’allais donc orienter les moyens de mon environnement à la réalisation de ces nouvelles envies, en ne conservant que quelques pans d’exercice de ma foi, qui me semblaient avantageux.

Ainsi, la confesse, car je trouvais particulièrement confortable la possibilité de m’exonérer moralement du poids de mes actions douteuses, sinon mauvaises, au prix de deux « Je vous salue Marie » ou d’un « Pater Noster ». Compteur remis à zéro et moralité blanchie, dans un investissement raisonnable : Du grand confort !  

Nous avions presque tout. La camaraderie, le temps pour les loisirs, l’envie de vivre, sauf peut-être les moyens financiers, pour servir nos vices ou nos envies de consommation. Nous allions résoudre ce problème.

C’est ainsi, que nos activités d’éducateurs en herbe et d’organisateurs désordonnés de créations théâtrales insignifiantes, allaient se transformer en business « lucratif » en utilisant l’aura de l’église, auprès des bigots du catholicisme ambiant. Il suffisait pour cela d’intégrer la paroisse à notre business-plan.

Notre petit comité d’entrepreneurs naissants fusionnait d’idées, sans capacités particulières à sélectionner les meilleures, sinon à les essayer.

Notre première activité fut la collecte des vieux journaux, mis de côté à notre intention, par les habitants des rues avoisinantes, transportés par les petites mains gratuites dont nous disposions, stockés dans le mini théâtre, pour être revendu à un collecteur local de papier pour recyclage. Ce n’était cependant que modestement lucratif en nous imposant un envahissement de notre espace de jeu, devenu quelque peu espace professionnel.

Il convenait d’y rajouter l’offre aux habitants de ce quartier « résidentiel » de repeindre ou reblanchir leur clôture en ciment ou leur barrière en bois. Jésus nous a beaucoup aidés dans la recherche de « client » car il accompagnait nos prospections locales en y apportant l’image de la bonne action, nous offrant ainsi, un rendement hors pair.

L‘inconvénient résidait dans le fait que l’accord passé, le prix convenu, il fallait peindre un minimum, avant encaissement, et là, Jésus devenait inopérant. Compte tenu de l’âge de notre personnel, à savoir toujours les petites mains de la paroisse, et son niveau d’incompétence notoire, même le simple fait de jeter de la peinture blanche était un objectif ambitieux. Les quelques vieux récalcitrants, à ne payer que le principe du blanchiment de leur clôture, et qui exigeaient un travail effectif, allaient faire capoter nos tentatives.

C’est alors que, miraculeusement le jour de mes quinze ans, et certainement éclairé par le Seigneur, je trouvais l’idée qui semblait comporter tous les critères de la réussite. Les voies du Seigneur sont impénétrables !

Devant l’entrée de la Chapelle, se trouvait un grand parking en grave, où stationnaient en grand nombre, les véhicules des croyants pour l’office du dimanche matin. Une bonne heure pour « nettoyer » toutes ces caisses, enfin, faire nettoyer par les petits anges de Dieu, moyennant une obole indolore puisque déduite, par son donateur, de celle versé au « denier du culte » ou à la quête, avec l’avantage d’une action bien concrète.

J’avais déjà intégré le concept que la recette sans les charges, gonflait la marge. L’eau était gratuite grâce au robinet déjà installé au coin de la chapelle, la main-d’œuvre se contentait d’une poche de bonbons généreusement distribués une fois l’effort fourni, et il m’a donc suffi de convaincre le prêtre, d’acheter pour notre compte, quelques serpillières et un balai, affectés imaginairement au nettoyage du mini-théâtre, encombré de vieux journaux.

La recette sans la charge, ça fait des tunes, Dieu m’en est témoin !

Tout fonctionnait et je gérais facilement les reproches que pouvaient engendrer nos actions.

Mon curé préféré d’abord, qui recevant nos confessions, appréhendait facilement la modification des orientations du programme éducatif, initial. Je lui opposais alors le secret de la confession dont il me semblait abuser, et je le mettais donc, dans l’impossibilité de citer ces sources. J’adorais cette petite grille qui séparait les deux boîtes du confessionnal, en les rendant étanches à toute indiscrétion.

Mon père, qui, épisodiquement, pouvait me faire observer mon peu d’assiduité scolaire. J’orientais alors la conversation vers l’aspect positif économique de la situation, ce qui lui esquivait un sourire malicieux aux coins des lèvres, car il aimait gagner l’argent, le bougre. 

Ma mère enfin, qui ne comprenant pas grand-chose à ce qui se passait, souffrait cependant de ne plus avoir à blanchir, chaque lundi, l’aube blanche d’enfant de cœur que je ne portais plus le dimanche. Je la rassurais en lui affirmant, et cela était vrai d’une certaine manière, que j’étais plus proche du Seigneur et de son fils, qu’il n’y paraissait.

Mais tous les rêves ont la fâcheuse tendance de tourner au cauchemar. Une bonne heure de messe : Le temps était compté, aussi nous fallait-il faire quelques sacrifices sur le respect environnemental, pour réussir le quota de caisses à laver. Le parking en grave se trouvait donc, dès la fin de l’office, transformé en un espace boueux, où nos « paroissiens clients » pataugeaient allègrement.

J’ai bien sûr proposé un service, modestement payant, de cirage de pompes, mais notre curé ne l’a pas accepté, pas plus que le financement d’un revêtement de sol en dur. J’avais donc appris que quand l’investisseur ne récupère pas de dividendes, il ne veut plus payer et cela même si Dieu l’y encourage, cette leçon allait me servir plus tard.

Ce fût, pour nous, un véritable sacrifice d’abandonner cette aventure en étant, de plus, obligés de licencier Jésus, notre partenaire commercial si talentueux. Je me demande, encore aujourd’hui, s’il nous a pardonner de cette défaite. Mais quel bonheur d’avoir travaillé avec ces deux associés que sont, le Père et le Fils, ainsi soit-il !

Fallait-il que les méchants de l’époque, soient bêtes, pour avoir choisi de clouer ce VRP exceptionnel sur une croix en bois, sans utiliser les talents d’un mec, qui peut marcher sur l‘eau ou multiplier les pains, ou du moins faire croire qu’il le peut !

Par ailleurs, il m’était reproché, mes centres d’intérêts trop nombreux, pour satisfaire équitablement au minimum utile à ma scolarité et j’avais beau expliquer que j’œuvrais pour le Seigneur, cela n’y suffisait plus.

J’ai bien imaginé un bref instant de m’orienter vers le petit séminaire, j’y ai de suite renoncé car je n’ai pas résolu l’équation qui associait les valeurs d’honnêteté, d’altruisme, de générosité, de célibat avec le rendement économique : Seul le Vatican sait le faire.

J’avais 16 ans et il était temps pour moi de divorcer de ce valorisant mariage avec la Chapelle locale…. Mais j’avais mes petites poches pleines, avec la certitude que l’on pouvait négocier et commercer avec tout le monde, y compris, avec Dieu !!  

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