Perfide Albion

Texte d’Alain, compatriote français.

Je ne sais pas vous, mais moi je commence à en avoir ras la casquette de l’attitude agressive de nos ex-amis d’outre-manche. Non contents de semer pendant des décennies le bazar dans l’Union Européenne – leurs nombreuses chicanes étaient inutiles, en cette matière nous n’avons pas de leçons à recevoir –, puis nous faire subir un long divorce, les voilà prêts à nous déclarer la guerre en envoyant leurs royaux rafiots contre nos braves pêcheurs bretons. Mais dans quel cerveau tortueux un tel ordre a-t-il pu germer ? Celui de la Royale veuve ? De son fils, ce grand garçon sanglé dans son uniforme chamarré, alourdi des nombreuses décorations gagnées de haute lutte dans ses différentes batailles de polochons ? Ou bien sans doute dans celui du déstructuré capillaire, agité permanent,
qui se rêve en amiral Nelson détruisant la flotte napoléonienne en rade d’Aboukir ?
Qu’importe ! Heureusement la France n’a pas tardé à réagir ; j’apprends à l’instant qu’une réunion secrète (en l’absence du Chef d’État-major occupé à chasser le factieux) vient de se tenir entre notre cher Président – longue vie à Celui qui nous éclaire dans les ténèbres – et le vice-amiral Jeannot Castex de Prades, afin de mettre sur pied une riposte foudroyante à cette innommable agression.
Pour faire diversion, cette réunion a eu lieu à la terrasse d’une brasserie, autour d’un petit noir.
Gageons que bientôt, fleuron de notre marine, le porte-avions Charles de Gaulle sera présent sur site afin de faire cesser cette pantalonnade. Car tout de même, voilà un peuple qui fait que nous embêter ; après avoir bouilli notre pucelle à la feuille de menthe et grillé les gigots d’agneaux – ou l’inverse, je ne sais plus, la colère m’égare – il prétend dicter sa loi sur mer, c’est inacceptable. Mais pourquoi ces gens sont-ils si querelleurs ? Un des plus grands philosophes français du XXème siècle a formulé cette réponse : « L’Anglais est appelé ainsi à cause de ses traits anguleux. C’est pourquoi les Anglais sont tous des angulés ».
Je vous ouï d’ici me susurrer que tout cela ne prouve rien. Alors souffrez que je vous conte une anecdote véridique vécue par ma petite famille, vous démontrant sans discussion possible le caractère spécifique de cette ethnie bizarre.
Amateurs de vacances tranquilles, familiales et champêtres, nous nous rendions chaque année dans notre maison du Périgord située non loin d’un charmant restaurant dont la terrasse ombragée surplombait la Vézère . Le patron, jovial, doté d’une imposante moustache gauloise et d’un certain embonpoint, avait le teint chaud de ceux qui ne se contentent pas de sucer des glaçons. Après notre arrivée, nous avions donc décidé de déjeuner chez cet imposant aubergiste. Peu de monde ; nous étions précédés par un couple accompagné de ses trois enfants, famille identique à la nôtre, avec cette différence notable que leur dégaine générale les situait manifestement l’autre côté du Channel. Confortablement installé, je regardais le patron, d’habitude si sympathique, prendre la commande de nos Anglais avec une trogne pas possible. Cela fait, il se dirigea vers nous la mine déconfite et l’œil hagard. Le connaissant, je me permis de le questionner sur sa santé ou l’éventuelle perte d’un être cher. Il m’expliqua alors que son état était généré par la présence répétitive de cette famille qui, mobilisant plus de deux heures durant une table, se contentait d’une seule pizza à cinq qu’elle partageait, sans prendre de dessert, le tout étant accompagné d’eau du robinet ! Sa conclusion était sans appel : « Ce sont des sauvages, mais vous revoir, mes Bordelais, me redonne le moral ». Après concertation avec ma petite famille, nous décidâmes que l’honneur de la France était en jeu et qu’il convenait de répondre à ce misérabilisme par une attitude forte et déterminée. Aussi, je constituai le menu suivant : salade périgourdine de charcuterie en entrée, suivie par un confit de canard aux cèpes puis une salade verte à l’huile de noix, en fromage un Cabécou* à point et en dessert un tiramisu du patron, le tout copieusement arrosé d’un Cahors de derrière les fagots. Au fur
et à mesure de l’arrivée des plats, j’étais heureux de constater la mine d’abord étonnée puis horrifiée de nos voisins ; ce spectacle devait sembler surréaliste à ces buveurs d’eau chaude dont le teint pâle et la triste mine n’engendraient pas la franche rigolade. Pour être honnête, l’attaque du dessert fut difficile et il fallut exhorter mes troupes pour garder le cap, mais nous tînmes bon ! A l’addition, le patron, hilare et plein d’entrain vint s’installer à notre table avec le digestif de rigueur qu’il aimait déguster en notre compagnie, tout en lançant un regard glacial à ces pitoyables consommateurs d’outre-manche.
Notre départ fut quelque peu laborieux et, passant devant leur pauvre tablée, je ne manquai pas de jeter un regard condescendant vers ces pauvres hères ; Azincourt*** était vengée !

*Pour les nuls en géographie, la Vézère est une jolie rivière affluent de la Dordogne.
**Pour les nuls en gastronomie le Cabécou est un fromage au lait cru de chèvre.
***Pour les nuls en histoire, la bataille d’Azincourt en 1415 vit la déroute de notre chevalerie française face aux perfides Anglais.

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