Saga 11 : Fantaisies malgaches (suite)

La voleuse de strings

A Madagascar, beaucoup de résidents étrangers pensent le malgache particulièrement voleur. Ce n’est pas le cas, ils sont trompés dans leur perception, car ils sont une cible privilégiée, par le seul fait qu’ils sont ceux qui possèdent plus que les autres. En brousse, les malgaches, n’ont rien, ou pas grand-chose à se voler entre eux.  

Il n’empêche qu’il convient donc de rester vigilant, et de se munir d’une réputation de sévérité adaptée pour éviter ce fléau.

Une jeune cliente touriste du bungalow numéro huit, proche de la clôture de notre hôtel, se plaint de la disparition de quelques sous-vêtements intimes, bien féminins et je ne peux pas éviter de penser à une fort jolie jeune voisine habitant une case proche.

Je dois, de toute façon, trouver le moyen, de régler cette situation afin qu’elle ne s’épanche pas.

Je vais, pour cela utiliser la rumeur, en faisant courir le bruit que notre cliente aurait aperçu une jeune femme sortant de son bungalow les bras chargés.
Je commandite une de nos serveuses du restaurant, pour aller demander à toutes les jeunes femmes environnantes de bien vouloir se présenter tel jour à telle heure, à l’hôtel ou, en présence du Commissaire de police, notre cliente devrait pouvoir désigner la voleuse.

48 heures avant ce rendez-vous, notre cliente nous apportera un lot de vêtements qu’elle a retrouvée sur la terrasse de son bungalow, en boule, chargé de terre. Il est en effet habituel que tout vol soit temporairement enterré par le voleur, le temps de l’oubli du larcin !

Les visites régulières que nous rendaient notre jolie voisine se sont quelques peu estompées.

Je renverrais notre serveuse faire le tour des jeunes femmes conviées, pour annuler ce rendez-vous, tout en précisant qu’a Boraha-Village, les voleurs sont systématiquement éconduits et que s’ils sont pris, ils sont assurés de finir en prison.

Je pense que les panneaux expliquant cela, que nous avons piqueté en bordure extérieure de nos clôtures, nous ont évité quelques petits méfaits en renforçant notre réputation.

L’huissier éconduit.

Nous sommes à Boraha-Village, sur l’île Sainte-Marie à Madagascar.

J’ai précédemment expliqué comme il était important de soigner son image de marque sur le territoire de cette petite île, ou tout le monde se connaît.
En effet, si cette population rurale de village de brousse est très accueillante et joviale, elle n’en ait pas moins fière, et celui qui pense que tout lui est possible, sans un grand respect, se trompe lourdement.

Les bonnes relations s’établissent sur la base d’une considération et d’un respect réciproque et sur l’attitude qui va avec.

Moyennant cela, l’étranger actif, pourra tirer des avantages conséquents de ces bonnes relations qui parfois peuvent conduire aussi à des abus. L’autorité qui détient le pouvoir en retient plus facilement les droits que les devoirs.

Dès notre arrivée sur l’île Sainte-Marie, nous avons ressentis l’intérêt d’y posséder un bateau car l’environnement nautique est très attractif.
En dehors des pirogues, il n’existait que très peu d’embarcations disponibles, seule un Société de Pêche locale, géré par un français, en disposait. Il se trouve qu’il avait un bateau à moteur à vendre.

Le vendeur était un personnage sulfureux, et dès le début de notre transaction, j’ai compris qu’une certaine méfiance devait être de mise. Aussi, ai-je pris quelques garanties, comme le fait d’obtenir des attestations confirmant qu’il disposait bien de la faculté et du pouvoir de céder cette embarcation légalement. L’avenir me donnera raison.

Quelques mois plus tard, s’est présenté à notre Hôtel Village, un huissier mandaté par le fabricant de ladite embarcation à Antananarivo, pour effectuer une saisie de cette embarcation, nous considérant comme receleur de ce bien, qui ne leur aurait jamais était payé par la Société de pêche.

Voilà donc, un petit bonhomme tout aussi chétif qu’agressif, qui se présente à notre hôtel, en vociférant dans le hall devant nos nombreux clients. Alerté de cette situation désagréable, je propose à ce personnage de se calmer en consommant la bière que je lui offre volontiers, le temps d’examiner calmement la situation.

Je téléphone de ce pas, à mon ami, le Commissaire principal, qui me propose spontanément d’envoyer deux de ses adjoints pour régler la situation. 

Les deux adjoints se présentent en me demandant où se trouve l’huissier, sans visiblement s’intéresser à mes explications. Ils s’en approchent, le menotte, le soulève chacun d’un côté sous le bras et le conduise au véhicule, alors qu’il vocifère et mouline furieusement avec ses pieds qui ne portent plus au sol.

Coquasse, bizarre, mais efficace. Je suis débarrassé de ce malotru.

Deux jours plus tard, me rendant en ville, je croise le Commissaire qui m’interpelle :

« Dis-moi, Jean-Paul, on en fait quoi de ton huissier, parce que cela fait deux jours qu’il est au trou, sans bouffer, en plus ? »

Je n’avais pas compris qu’il attendait mes ordres ! Et c’est sans autres formalités, qu’il sera renvoyé sur le continent, par le bateau de midi.


Comme je pensais que la Société d’Antananarivo, constructeur du bateau, aurait toute difficulté à trouver un autre huissier pour réitérer l’opération, je me suis, un peu plus tard, rendu à leur Siège Social en m’annonçant comme le vaza (étranger) qui aurait « volé » leur bateau.
Plus exactement : « Je suis l’encu.. de vaza qui vous a volé un bateau » pour reprendre les propos exacts rapportés par l’huissier.
Ce patron a bien vite compris ma bonne foi, au vu des justificatifs fournis.
Il s’est alors présenté comme un Bordelais expatrié, qui était le frère d’une connaissance, imprimeur Bordelais, que j’avais fréquenté dans mes anciennes activités françaises.

Dès lors, une franche camaraderie s’est installée devant un THB (bière malgache) et plus aucun huissier ne s’est jamais présenté à Boraha-Village.

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