Délitement

De nos jours, la détérioration de notre planète est un sujet majeur de notre survie sur terre, et ce phénomène est en concurrence avec le délitement de notre société, en ce qui concerne notre capacité à vivre ensemble, à faire société.

Une course contre la montre est engagée, entre ces deux modes d’autodestruction, dont il apparaît difficile de savoir lequel prédominera.

En effet, si les dégâts du réchauffement climatique, ne font aucun doute et s’il paraît très peu probable que la sagesse humaine progresse suffisamment vite pour en éviter les effets les plus pervers, on peut encore maintenir un peu d’espoir, en l’intelligence humaine, pour que la recherche scientifique nous apporte quelques solutions d’atténuation.

Par contre, pour ce qui est du délitement de la pensée et de la raison, nous ne pouvons pas compter sur le génie de nos chercheurs, pour modifier la pente dangereuse, dans laquelle nous sommes engagés puisqu’il s’agit d’une affaire purement comportementale.   

Ces deux « délits » autodestructeurs comportent également une différence de taille : leur visibilité.

Si la nécessité écologique apparaît de plus en plus évidente aux yeux d’une grande majorité, et cela surtout dans les pays les plus avancés donc les plus en moyens d’agir, c’est bien parce qu’il s’agit d’un problème concret, de de plus en plus visible, à travers l’apparition de symptômes évidents de réaction de la planète terre. Les catastrophes ponctuelles se multiplient, tant dans la réalité, que dans leur couverture médiatique.

Le délitement de notre cerveau est plus insidieux, plus discret. Il faut être attentif pour l’observer et le comprendre, car la détérioration de notre pensée, va de pair avec notre perte de capacité à l’observer.

Il faut également souligner que notre conscience écologique s’est progressivement ouverte depuis les années 70, voici donc déjà 50 ans. Alors que l’observation de l’épanchement massif de la « bien-pensance » est beaucoup plus récent.
On constate également que le mode d’extension du délitement de notre pensée, est tout aussi rapide que l’augmentation de nos émissions de CO2, car il a trouvé un diffuseur expansif, à travers les réseaux sociaux.

Ce délitement est moins spectaculaire qu’un cataclysme climatique mais, peut-être, tout aussi dangereux.
Il mérite donc d’être décrit, pour être compris et admis.

Dans le cas de catastrophe écologique c’est notre capacité à vivre physiquement, aussi nombreux, sur la terre, qui deviendrait particulièrement difficile, voire impossible.
Cette situation de pénurie d’espaces viables et de moyens naturels, engendrerait inévitablement des conflits, qui aggraveraient notre destruction.

Il en serait de même dans le cas de l’augmentation de notre incapacité collective à raisonner pour le bien commun, qui fragmenterait notre société et ses valeurs communes et nous interdirait toute démarche collective, rendant impossible une vie commune.

De quoi parlons-nous ?
Nous parlons de l’obsolescence programmée de nos savoirs et de nos connaissances au profit de groupes d’opinions, qui, en revisitant l’histoire, manipulent l’opinion par la propagande. Les extrémistes de tout bord, de plus en plus nombreux, ont bien compris leur capacité d’épandre leur influence opérationnelle à travers le nouveau mode de communication servi par les réseaux sociaux.
Autrefois réservé aux seuls Etats autoritaires, ce phénomène de manipulation, est aujourd’hui extensible au plus grand nombre, grâce à l’accès facile de tous, à ce mode de communication d’un côté, mais également par le fait qu’il sollicite plus l’instinct que le raisonnement.

C’est ainsi que notre opinion se forge en 140 caractères d’un message lapidaire, par association d’idées simplistes et par facilité, de croire son adhésion rassurante et valorisante, sur le simple fait qu’elle est partagée.
Notre cerveau, considérant toujours l’analyse, la contradiction et l’expertise, comme un effort, choisit la facilité de l’apparence partagée, et s’affaisse régulièrement par l’inaction.
Inutile de réfléchir puisque nous est servi, comme un cadeau, tant la suggestion de notre futur achat, que l’idée séduisante de faire partie de tel ou tel groupe de pensée.
La bien-pensance sert de carburant à l’effacement progressif du savoir que nos penseurs du siècle des lumières avaient patiemment élaboré, en encourageant la science et la connaissance, et en s’opposant à l’obscurantisme.
Non seulement, les réseaux sociaux transportent et distribuent sans coût, mais ils ont aussi la capacité de contrôler l’efficacité de leur diffusion, par simple retour d’opinion. Ils ont enfin la possibilité de traquer, d’isoler et de punir toute tentative de dispersion. Il leur suffit de dénoncer chaque rébellion individuelle de pensée contradictoire, pour isoler le réfractaire, qui sera ensuite traqué sans autre effort, que celui de la délation. Si l’apparence de l’anomalie de pensée n’était pas respectée, il suffit alors d’une bonne « fake news » pour parachever la destruction du dissident.

Ce désordre de la pensée fabrique un archipel d’idées individuelles et hétéroclites qui nous interdit de faire les bons choix collectifs.
On le remarque à observer nos tergiversations à trouver et mettre en œuvre un consensus de règles écologiques mondialement partagées, à gérer la pandémie actuelle dans l’unité et le partage, quand beaucoup d’Occidentaux refusent le vaccin alors que d’autres peuples meurent de ne pas en avoir, ou même dans ces Etats qui se surveillent et s’espionnent en permanence, avec l’assistance de logiciels intrusifs, dont aucun gouvernement n’ose interdire la commercialisation, étant chacun des clients opérationnels ou potentiels.

L’élément commun est le doute, comme celui des citoyens face aux décisions politiques, à leur efficacité, à leur transparence et leur motivation. Cette crise du politique est largement répandue à travers le monde, comme en témoigne les poussées populistes sur tous les continents.

Le climat, la surveillance et la pandémie sont pourtant des domaines sur lesquelles les démocraties devraient faire la différence, en prenant les bonnes décisions collectives appuyées par la science, en protégeant les libertés individuelles et en affichant la solidarité et l’humanisme au cœur des valeurs proclamées. La différence entre ces valeurs et la réalité alimentent le doute et la défiance, qui ensuite servent de terreau, aux thèses complotistes les plus farfelues.
Notre opinion ne se construit plus sur le savoir mais sur une myriade d’affirmations lapidaires. Notre cerveau qui les accepte par facilité, se formate à l’absence de réflexion.
Nous devenons plus sensibles au Réseau qu’au raisonnement. Nous pensons par notification et cela confère à nos « certitudes » une fondation particulièrement fragile et disparate qui ne permet pas d’offrir un socle cohérent aux bonnes décisions collectives. Les revendications se multiplient au grès des mécontentements ponctuels et instantanés.
La recherche de la vérité par l’expertise devient l’exception ressentie comme ennuyeuse, et réservée aux intellectuels inaudibles.
Il devient alors très difficile de partager les options communes, puisque chacun se fait une opinion de l’instant, pour laquelle il exige amendement.
Les valeurs fondamentales se délitent dans la multiplication des convenances personnelles.
Certains extrémistes activent des courants de pensées originales, quitte à remettre en question notre histoire, notre savoir et notre passé. Cette pagaille rend alors impossible l’unité pour le bien commun.

Vous regretterez peut-être, de ne pas trouver le moindre trait d’humour, dans mon texte. Ce n’est pas seulement parce que le sujet s’y prête peu, mais surtout parce que, là aussi, je crains la « Cancel foudre » !

2 commentaires sur « Délitement »

  1. Excellent sujet de réflexion… Mais qu’espérer en matière d’écologie quand le monde entier applaudit Jeff Bezos qui, en onze minutes dans l’espace, a consommé le potentiel carbone qu’un gueux produit dans son existence !

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