L’impossible pari Chinois

Un système atypique

La Chine est une « République » qui défend un projet politique unique en son genre, atypique et original.

•Unique, car son système qui associe le communisme et le capitaliste est effectivement unique au monde.

• Atypique car on ne peut pas le classer, puisqu’ il ne correspond à aucun autre type de système politique.

• Original, car il associe deux philosophies contradictoires, voir opposées.

En effet, le communisme est un mode d’organisation basé sur l’abolition de la propriété privée des moyens de production au profit de la propriété collective et qui vise l’abolition des classes sociales, alors que le capitalisme se caractérise par la propriété privée des moyens de production qui n’appartiennent pas aux travailleurs.

L’économie de marché socialiste n’est pas une formule de propagande, mais bel et bien un modèle hybride. Et ce modèle ne vise nullement à passer à une économie déterminée par le marché mais à intégrer des mécanismes de marché dans le cadre d’une économie restant contrôlée par l’Etat, et planifiée. 

L’empreinte du Parti va au-delà du secteur public. Les chiffres qu’il communique indiquent en effet que les deux-tiers des entreprises privées du pays sont dotés d’une cellule du PCC. Celles-ci n’ont pas l’importance des Comités établis au sein des grandes entreprises publiques et sont parfois très embryonnaires, mais elles assurent un lien avec le Parti, et la remontée d’informations vers celui-ci.

En Chine, les dissidents sont également durement réprimés. L’an dernier, par exemple, Liu Xiaobo, lauréat du Prix Nobel de la paix, est mort en détention d’un cancer. Les avocats des droits de l’homme ont arrêté d’exercer ou sont emprisonnés. Le pays est également sous le joug d’une censure massive qui touche la presse, mais va jusqu’à s’étendre aux réseaux sociaux. Winnie l’ourson est, par exemple, prohibé, car des internautes ont moqué sa ressemblance avec le président chinois. 

Un système qui fonctionne

Bien qu’original, ce système politique s’est montré, jusqu’à présent, particulièrement performant économiquement car il permet d’associer la paix sociale, imposée à la population par les principes du communisme, soit par adhésion, soit par contrainte, avec le développement de l’économie de marché, grâce au mode capitaliste.

Pour être performant, ce système hybride ne peut être dirigé que par une dictature, car il exige un pouvoir sans partage, capable de réprimer toutes contestations, et suffisamment puissant pour imposer ses règles aux entreprises capitalistes.

C’est ainsi, que depuis 2013, Xi Jinping, qui cumule les fonctions de Secrétaire Général du Parti Communiste, Chef du Comité permanent du bureau politique, Président de la Commission militaire Centrale et Président de la République Populaire de Chine, dirige le pays d’une main de fer.

Jusqu’à présent la performance du système chinois est impressionnante. Sur les quatre dernières décennies, le PIB Chinois a été multiplié par 37, la consommation des ménages par 90, et la Chine est devenue le premier exportateur mondial de biens et de services à hauteur de plus de 2500 milliards de dollars avec un PIB national en passe de prendre la première position mondiale.

Des contraintes

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir jusqu’où ce système est tenable, car il a des contraintes qui sont difficilement contournables.

Il n’est perdurable dès lors que perdure la réalité de la croissance économique.

Cette croissance dépend de l’acceptation par la population d’un régime aussi autoritaire, et seule cette acceptation permet le bon fonctionnement du système, par la nécessité de la paix sociale.

Cette croissance est conditionnée par la réussite d’une hégémonie chinoise internationale car elle n’est pas soutenable si elle se cantonne au niveau national qui ne peut pas, à lui seul, apporter les fruits de cette croissance.

Les dirigeants chinois qui l’ont bien compris mènent une politique particulièrement active et agressive en matière d’expansion internationale, dont la partie la plus visible est la « Route de la Soie ».

Autrefois, l’expansion consistait à envahir un pays étranger, à s’y installer pour le coloniser en prenant les rênes de l’administration. De nos jours les technologies, les savoir-faire, l’actionnariat économique, la dirigeance s’exportent sans besoin de guerroyer. Cette nouvelle forme de colonisation, moins violente et plus insidieuse apporte les mêmes résultats, à savoir l’étendu de sa zone d’influence et le profit.

C’est ainsi que la Chine, forte de ses moyens considérables d’investissements, cherche à s’introduire dans des économies étrangères bien ciblés pour rapidement s’y rendre indispensable.

L’Afrique est une cible intéressante car elle répond à trois critères favorables.

• Elle comporte de nombreux pays pauvres demandeurs d’assistance,

• Elle bénéficie d’un fort développement démographique propice à la production,

• Elle ne présente pas trop d’allergie philosophique à l’envahissement étranger.

Ce dernier point est important car outre sa puissance financière et sa technologie, la Chine doit implanter à terme dans ces pays un système identique, ou sinon compatible, avec son propre système politique et cela afin de s’assurer de la pérennité de sa suprématie.     

Ce système à ses limites

Au plan national, l’amélioration du niveau de vie de sa population et l’aspect profondément inégalitaire de son évolution sont des « effets secondaires » néfastes, car les avancées économiques engendrent inévitablement une prise de conscience des méfaits inégalitaires qui sont une source de révolte.

Pour que le projet expansionniste chinois fonctionne il faut également, qu’il soit sinon accepté, au moins supporté, par les grandes nations de ce monde, à la fois pour ne pas engager de conflits, mais aussi parce que ces nations qui observent sont aussi les gros clients des exportations chinoises, nécessaires à son développement.

Bien que les dirigeants chinois cherchent la discrétion ils ne peuvent éviter un regard international sur leurs actions de répression. Qu’il s’agisse de la normalisation chinoise sur Hong Kong, de la main mise au Tibet, de la recherche d’intégration de Taïwan, ou de la répression sur les Ouïghours, la Chine ne peut pas cacher sa volonté expansionniste par la force.

Ces défaillances visibles sont non seulement source de possibles conflits armés, mais de plus elles marquent la Chine d’une défiance internationale, lourde de conséquences.

Des solutions ?

Des transformations sont évidemment possibles, mais, il n’est pas du tout certain qu’elles aillent dans le sens de la démocratie.

La classe dirigeante s’est énormément enrichie et n’a certainement aucun désir de partager ses privilèges avec les laissés-pour-compte de la réforme, ni de se soumettre à la surveillance de contre-pouvoirs. Elle a su, par une habile utilisation de la « carotte et du bâton », neutraliser la classe intellectuelle des villes.

Un éventuel abandon du dogme communiste, ou une profonde modification, ne déboucherait donc pas nécessairement sur une démocratisation. La priorité donnée au nationalisme comme moyen de légitimation, les liens intimes entre le Parti et une couche de grands capitalistes issus du sérail, ainsi que la répression des intellectuels libéraux et des activistes syndicalistes sont des traits que l’on a connus dans d’autres systèmes totalitaires, de type fasciste. Une nouvelle métamorphose du totalitarisme n’est donc pas exclue.

Quel avenir ?

Au poker, la distribution des cartes est un moment sensible. Nous sortons de l’aire où les Etats-Unis étaient à la fois la plus grande puissance économique mondiale mais également les « gendarmes du monde » pour entrer dans cette période de redistribution des puissances.

Si la Chine compte près d’un milliard et demi d’habitants, avec le deuxième PIB mondial, son PIB individuel est cinq fois inférieur à celui des Américains : que devient la sociologie chinoise si ce PIB individuel double ou triple ? La puissance stratégique de Washington décline, car elle n’est plus le gendarme du monde et l’anarchie géopolitique gagne chaque jour du terrain. Le problème majeur pour Pékin est le vieillissement de la population qui verra, les personnes âgées de plus de 65 ans représenter près de 24% du 1,4 milliard d’habitants d’ici à 2050. Outre le vieillissement en tant que tel, c’est la vitesse très rapide de ce phénomène qui pose problème, car le pourcentage de la population âgée en Chine va doubler en seulement vingt-cinq ans, passant de 15% en 2015 à 30% en 2040 pour les plus de 60 ans. La Chine compterait alors 330 millions de personnes âgées. Comment Pékin pourra-t-elle faire face économiquement et socialement à une telle évolution ?

Aux Etats-Unis le risque est différent : le dollar est la monnaie de référence mondiale, mais l’endettement du pays est passé de 40% du PIB en l’an 2000 à 121%. Des dollars par milliards ont été versés par le Trésor américain pour compenser les dégâts du covid 19. 

Depuis les dissimulations à propos de la gestion chinoise de la crise sanitaire, la méfiance envers l’arrogant régime chinois s’est généralisée. Aussi, l’installation d’une prétendue « nouvelle guerre froide » à l’initiative de la Chine peut sembler très aventureuse. Certes, quelques pays dont ses alliés le Pakistan ou l’Iran, rêvent d’un monde post-occidental mais rares sont ceux qui préféreraient le chaos ou le régime dictatorial prôné par la Chine à un système capitaliste qui demeure à ce jour globalement le plus fiable même s’il conviendrait d’en corriger les nombreuses dérives.

La mauvaise route

Au XVème siècle, la Chine qui était la première puissance mondiale, se referma. Elle mit fin aux grandes expéditions maritimes, elle sanctuarisa sa bureaucratie, figea son mode de production. Il s’en suivit un long déclin face à l’Occident qui prenait le contrôle de l’Histoire, à travers son ouverture à la mondialisation.  
C’est Deng Xiaoping qui en refit une grande puissance en lançant en 1978 les « Quatre Modernisations ».

Quelques signes précurseurs semblent montrer qu’elle pourrait bien refaire la même erreur, qu’en 1433.
A l‘occasion du centenaire du Parti communiste Chinois, Xi Jinping, saisissant l’opportunité de l’épidémie Covid, vient d’effectuer un retournement en refermant le pays par la priorité de l’idéologie sur la croissance et celle du Parti sur l’innovation.

2021 sera l’année des « Quatre Fermetures » :
– Fermeture économique, avec la priorité donné au marché intérieur freiné par la faiblesse de la protection sociale,
– Fermeture stratégique, avec la reprise en main d’Alibaba ou de Didi, ainsi que la nationalisation de fait de l’enseignement privé,
– Fermeture technologique, avec le découplage de l’Internet chinois du monde occidental,
– Fermeture monétaire, avec le repli des prêts accordés dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie, ramenés de 75 milliards par an à 4 milliards.

Les difficultés présentes et à venir des deux grandes puissances montrent une partie des défis que devra relever notre siècle. Sommes-nous préparés à faire face à un risque de cahot géopolitique ?

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