De la funeste erreur

Par Alain,

Je ne sais pas vous, mais moi, le point de vue de certains ecclésiastiques face au problème d’abus sexuels dans l’église me laisse perplexe.  Je n’ignore pas que la position du Vatican – notamment sous le pontificat de Jean-Paul II – était d’affirmer que la pédophilie des clercs était un mensonge et un complot ourdi par les communistes et les ennemis de l’Eglise, mais quand même !

Dans les années soixante-dix,  on a beaucoup glosé sur les activités extra paroissiales du cardinal Daniélou, porteur infatigable de la bonne parole auprès des dames de petite vertu… mais qui avait au moins le mérite, sans blesser quiconque, de se contenter de prestations tarifées.

En fait, ce qui m’a réellement troublé, c’est l’invraisemblable position du Président de la conférence des évêques de France pour qui « le secret de la confession est plus fort que la loi de la République », facilité qui prête à toutes les dérives quand l’omerta règne… et, en parallèle, que dirait-on si un iman affirmait que la Charia prévalait sur les lois des états ?

Pauvre pécheur illuminé par cette terre chrétienne, fille aînée de l’Eglise, dont les racines mystiques plongent  au plus profond de mon âme désemparée, j’en viens à me demander si les Pères de l’Eglise ne se sont pas quelque peu fourvoyés en prônant le célibat des clercs, occultant que Pierre, le premier apôtre, était marié et avait une belle-mère !  Jusqu’au Moyen- Âge d’ailleurs  de nombreux prêtres l’étaient, certains ayant des enfants. Ce fut sans doute moins pour raisons dogmatiques qu’économiques que le premier Concile du Latran de 1123 entendit remettre de l’ordre dans la Maison. C’est que pour l’Eglise, les jeunots de ces descendances commençaient à hypothéquer lourdement ses biens. Alors les Saints  Hommes n’auront dès lors que l’unique recours de mordre leur paillasse pour chasser les démons du corps, ou bien  anticiper sur les frasques de notre contemporain cardinal… Position intenable pour des hommes faits de chair et de sang.

Interpellé par cette interrogation, et dans une vision extatique, j’ai décidé de pousser plus avant mes recherches.  Aussi, après avoir habilement soudoyé le père M… (confidentiel)  membre influent de la Curie romaine, j’ai eu accès aux dossiers les plus secrets des archives vaticanes et suis désormais en mesure de vous apporter enfin un éclairage nouveau sur une funeste erreur, origine de tous les maux de cette institution. J’ai en effet retrouvé le texte oublié d’un contemporain du Moyen-âge, moine de son état, qui avec une diabolique précision décrit une scène vécue par lui dans le scriptorium d’un monastère où s’affairaient des moines copistes :

« Un jeune novice arrivé depuis peu au monastère s’est vu chargé d’aider les autres moines copistes à recopier les anciens canons et règles de l’église. Remarquant  que ces moines  effectuaient leur travail à partir de copies et non de manuscrits originaux, il s’en est ouvert au Père abbé, attirant son attention sur le fait que si quelqu’un commettait une erreur dans la première copie, elle se propageait  dans les copies ultérieures.

  • Cela fait des siècles que nous procédons ainsi, que nous copions à partir de la copie précédente, mais ta remarque est très pertinente mon fils, j’irai vérifier moi-même les originaux dès demain.

Le lendemain matin, le Père abbé descendit dans les profondeurs du sous-sol du monastère, jusqu’à la cave voûtée où sont précieusement conservés les manuscrits et parchemins originaux. Voilà bien des siècles que personne n’y a mis les pieds et que les scellés des coffres sont intacts. Il y passa la journée toute entière, puis la soirée, puis la nuit, sans donner signe de vie.


Les heures défilant, l’inquiétude allait grandissante.

Inquiet, le jeune novice se précipita dans la cave où il découvrit le Père abbé complètement hagard, le front ensanglanté, se cognant sans relâche la tête contre le mur de pierres.

  • Père abbé, que se passe-t-il ?
  • Aahhhhh… les cons, les cons… les cons…*  C’était vœu de CHARITÉ… Pas de CHASTETÉ ! »

*Librement traduit du latin

(Merci au frère prêcheur ioannes-ludovicus laurentius pour son apport historique)

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