Good Save the Queen

Par Alain

Je ne sais pas vous, mais moi j’étais particulièrement heureux ce dernier week-end : je fêtais en effet l’anniversaire de mon hamster du Kazakhstan ; cela n’a d’ailleurs pas semblé le réjouir. Accessoirement, mais par un incroyable hasard, il paraît que des réjouissances du même ordre se profilent chez nos ex-amis d’outre-Manche, où la Royale veuve, telle la bernique arc-boutée à son rocher, ne se décide pas à délaisser son trône, et va fêter un nouveau jubilé (du latin jubilaeus, de l’hébreu yobel : sonnerie de cor – mais je ne vois pas le rapport ! – ).  La fête s’annonce mémorable, la camomille va couler à flot, et la domesticité s’applique à astiquer soigneusement les jolies décorations, que les participants exhiberont fièrement devant des sujets hagards, bavant d’émotion.

Pourtant, indifférent à la joie ambiante, un homme se sent amer et bien seul face à ces préparatifs. J’ai une pensée émue pour ce grand Charles, digne rejeton de sa royale maman, qui depuis tant d’années piaffe d’impatience de revêtir, enfin, le magnifique costume chamarré qui sied à un personnage de haut rang. Mais le temps s’égrène et il commence à se faire tard. Certes, afin de le faire patienter, la reine lui a accordé moult privilèges et titres ronflants, elle a parsemé son puissant torse de décorations flamboyantes – qui d’ailleurs pèsent bien lourds dans sa démarche de sénateur arthritique –  mais tout cela n’est rien quand un empire refuse de vous tendre les bras pour cause de fauteuil déjà occupé.

Ainsi, dans l’attente fébrile de ce jour tant espéré, il s’occupe en jouant les seconds couteaux et représente sa royale génitrice dans de prestigieuses manifestations. Fascinante vie rythmée d’inaugurations, de rencontres officielles, sans compter le nombre de mains à serrer et de rubans à couper. Ne vous y trompez pas, subir les trémolos d’une chanteuse lyrique hystérique lors d’un concert mondain,  inaugurer des crèches en faisant mine de s’intéresser à ces horribles moutards pleurnicheurs, s’extasier dans un mouroir sur l’excellente qualité du repas servi à un vieux débris cacochyme, indifférent à la bouillie infecte que le malheureux examine d’un œil torve, et sans cesse inaugurer les chrysanthèmes, quel labeur éreintant !

Enfin, quand tard le soir, après le douloureux chemin de croix d’une nouvelle journée harassante, il rentre enfin dans sa demeure de Clarence House, sa chère épouse est là, attentive à lui remonter un moral chancelant, en tout bien tout honneur désormais, car il est loin le temps où les poussées hormonales du prince de Galles défrayaient la chronique dans de coquines histoires de petites culottes, que nous passerons – par pudeur – sous silence. Affalé dans son fauteuil, un verre de Brandy à la main, il songe au bonheur d’une vie simple, débarrassé de la centaine de domestiques qui peuplent son univers, lui qui, cerné par ses valets, ne connaît même pas le plaisir enfantin d’étaler le dentifrice sur sa brosse à dents.

Cependant, la situation s’améliore ; enfin consciente qu’il lui faudra bien passer la main par extinction des lumières, Sa Majesté a pris deux décisions historiques : nommer Camilla Dame dans l’ordre de la Jarretière, la plus prestigieuse des décorations de chevalerie britannique.

Bon, je suis heureux pour elle, mais reconnaissons qu’il faut être Anglais pour imaginer un tel ordre… quoique le rapprochement peut se concevoir avec les événements évoqués dans le paragraphe précédent. Et sa chère Camilla a également été élevée au rang de Reine Consort  (est-ce bien raisonnable de la sortir par ces temps de pandémie ?). Bref, la suite de la monarchie se présente sous les meilleurs hospices auspices. Espérons tous cependant que ce futur roi s’abstienne de conserver son prénom, cela n’a pas réussi à ses ancêtres : Charles 1er fut décapité proprement et Charles II exilé de son pays.

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