Des ravages du suffrage universel

Par Alain

Je ne sais pas vous, mais pour moi l’attente du résultat de cette élection est un suspense insoutenable. J’en veux pour preuve l’exemple de ce paisible village lorrain, niché aux confins du Saintois, dans cette petite vallée où court le joli ruisseau de Bainville-aux-Miroirs. Une terre chargée d’histoire,  carrefour de toutes les invasions, d’où l’on aperçoit cette fameuse ligne bleue des Vosges si chère à Jules Ferry.

Lémenil-Mitry – c’est son nom – vit ce moment historique où tout bascule, où les repères qui fondaient le ciment de cette société rurale se délitent sous la pression inéluctable du suffrage universel. Les résultats du premier tour de cette présidentielle donnent la mesure du séisme engendré : Participation 75 %, abstention 25 %. Emmanuel Macron  33,33 %, Marine le Pen 33,33 %, Eric Zemmour 33,33 %. Tous les autres candidats sont balayés et n’ont obtenu aucun vote !

Depuis ce dimanche, le village est comme sous cloche ; l’atmosphère est lourde, la tension palpable. Le premier magistrat, dont la famille – à particule – tient la mairie d’une main ferme depuis maintenant quarante-cinq-ans, s’inquiète à juste titre de lendemains qui déchantent. Que va devenir la belle harmonie qui présidait aux relations entre ses administrés ? Là où régnaient concorde, entraide et paix commencent  à sourdre méfiance et soupçon. Le soir, après un regard furtif dans les rues désertes, on rentre les poules plus tôt en prenant soin de bien fermer la barrière, toujours ouverte par le passé. On se barricade en son foyer, attendant anxieusement le dénouement  que tous redoutent, et certains fourbissent peut-être déjà leur stylo, prêts à concocter quelques lettres anonymes de dénonciation.

Une question taraude les esprits échauffés : 25 % d’abstention c’est du jamais vu ! Pourquoi ce traître n’a-t-il pas voté ? Car on le connaît, ceux qui ont assumé leur devoir civique ont lorgné cette case vide de signature, à côté de son nom sur la liste électorale. Bien sûr c’était assez facile de le découvrir puisque la cité ne comporte que quatre inscrits. Mais que va-t-il faire dimanche prochain ? S’il vote, vers qui se portera son choix ? Celui qui a choisi  Zemmour confirmera-t-il sa tendance ? Et si c’était l’égalité parfaite entre les deux candidats ?

C’est donc bien une guerre de tranchées qui s’annonce, et le malheureux maire s’en vient à regretter l’époque bénie où son ancêtre, Seigneur Du Menil et de Fauconcourt, grand écuyer et Maréchal de Camp, courait la gueuse dans la campagne et régnait sans partage sur ses terres.

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