« zéro tracas zero blabla, MMA »

Tout le monde connait ce spot publicitaire matraqué sur notre petit écran.
« Allez, envoyez la pub » annonce la journaliste, déçue de la bonne nouvelle, mise en évidence par son correspondant sur le terrain. Il n’y a donc plus rien à dire, puisque tout va bien.

En fait, cette publicité est démonstrative de la tendance récurrente actuelle des médias, à produire de l’information anxiogène. Une nouvelle n’est diffusée que si elle est « mauvaise », car le beurre se fait sur le malheur du monde. Asphyxier le public en pilonnant le pire semble être le seul moyen de faire de l’audience.

L’audimat exige de sacrifier les bonnes nouvelles au profit des mauvaises.

Le micro tendu à la sortie du RER sélectionne les seuls, que l’inflation actuelle, affecte jusqu’à les conduire à la malnutrition.
Quarante millions de français ont perçus l’indemnité inflation de cent euros, mais là encore, le micro n’est destiné qu’à ceux pour qui ce n’est rien, ou si peu.
Dix-huit centimes de réduction à la pompe, une misère aux dires des interviewés, même pour ceux qui roule au SP 95, qui n’a augmenté que de 18,3 cts depuis 1 an.
La revalorisation de 4 % des retraites de base, ou de 3,5 % des AF,RSA,APL… au 01/07/22 : ridicule égard à une diminution de pouvoir d’achat prévue à 0,8% pour 2022, qui fait suite à une augmentation de 1,2% en 2021 et de 4,5 % ces cinq dernières années. Là encore, pas un micro qui s’en réjouit ou du moins s’en contente, seulement des malheureux qui souffrent le martyr.

Le « journalisme » au quotidien, du moins celui des médias audiovisuels, mais aussi celui d’une certaine presse généraliste, se contente de faire son beure sur le malheur du monde, mais aussi sur les petites difficultés du quotidien, en faisant l’économie d’une analyse équilibrée ou d’une quelconque expertise.
Tant pis si cela génère, à coup de répétitions, un pessimisme ambiant et surtout paralysant. C’est tellement plus facile et les réseaux sociaux confirmeront qu’ainsi, on se tient bien dans le droit chemin… de la médiocrité.  

Cette facilité, pour ne pas dire cette lâcheté médiatique, n’est pas si anodine qu’il n’y parait.

Elle accompagne et même guide notre tendance naturelle à se plaindre, en valorisant notre ego par la bienveillance des regards compréhensifs que la misère attire. L’attrait sera d’autant plus efficace s’il trouve un responsable tout désigné qui devra porter le fardeau de notre misère. Je souffre, donc j’existe.

A bien y regarder, elle pourrait même nourrir une tendance dramatique qui consiste à saper, aux yeux du monde, les qualités de liberté de nos démocraties.

Ainsi, transformer cette liberté d’expression par la seule représentation systématique des difficultés vécues par les seuls qui en souffrent, en ignorant la masse silencieuse de ceux qui les comprennent et les acceptent, contribue à conduire au rejet du système.

Ce rejet, ne peut se nourrir de la comparaison puisque les systèmes autoritaires ne laissent pas place à l’expression du mécontentement, à travers la répression.

Quoi alors de plus simple, que de penser que c’est mieux ailleurs, puisque ceux qui y vivent ne s’en plaignent pas. Quoi de plus naturel aussi que de se convaincre qu’à l’évidence c’est bien les promoteurs du système qui en portent la responsabilité.

C’est ainsi que les dictatures font leur « marché gratis », grâce à la liberté d’expression dévoyée, sur le terrain démocratique, le seul ,où l’on peut s’exprimer librement, sans conséquence.

En Chine, en Russie, pire, à Pyongyang ou à Kaboul, tout va bien, puisqu’on ne les entend pas se plaindre.
Les populistes de tout poil, l’ont bien compris et s’engouffrent dans cette brèche, en nourrissant le terreau du mécontentement, dans lequel pousse, à moindre effort, les graines de leur futur pouvoir autoritaire.
Ainsi, pour que tout soit parfait, ils vont affuter leurs armes de la désinformation, du mensonge éhonté et des coups tordus pour alimenter leurs fonds de commerce.

C’est ainsi, que notre monde, dérape doucement mais surement de la catégorie des démocraties imparfaites vers de plus en plus de régimes hybrides qui évoluent, dans le temps vers des dictatures parfaites.
Cela marche d’autant bien qu’une fois franchi le pas, les anciens fâchés ou les révoltés de la démocratie seront inévitablement transformés en silencieux des dictatures, et que leur silence forcé alimentera naturellement le processus.

Au diable le bien commun et vive le pouvoir qui musèle.
Le râleur devient résilient et apprend à souffrir en silence. Pour que cela dure il suffit de lui injecter quelques doses de nationalisme bien vendu, qui force l’admiration pour le despote qui vous entretient dans la dépendance… de la misère.

Peut-être que cette analyse vous apparait quelque peu surréaliste mais quelques éléments chiffrés pourraient vous convaincre de la véracité de cette observation.

Sur le glissement.

Vous ne pouvez ignorer que la moitié des pays de notre monde vivent sous des régimes autoritaires et que l’état de la démocratie se dégrade à l’échelle mondiale, atteignant un niveau historiquement bas. Le score moyen des pays a chuté à 5,28* (contre 5,37 en 2020), soit le résultat le plus faible depuis 2006. Il est désormais estimé que moins de 50 % de la population mondiale vit dans une démocratie.

Aujourd’hui, au niveau mondial, un quart de la population vit désormais dans une démocratie en recul et près de 70 % en ajoutant les régimes autoritaires ou « hybrides », avec une tendance à la dégradation démocratique qui dure sans discontinuer depuis 2016 .

Pour la cinquième année consécutive en 2020, le nombre de pays allant dans le sens de l’autoritarisme a dépassé le nombre de pays en phase de démocratisation.

Sur les inégalités.

On ne peut certes pas ignorer que les inégalités ont tendance à augmenter y compris dans les régimes démocratiques. Cela est d’autant plus facile à constater, qu’elles ne sont pas sérieusement mesurées dans les autres systèmes. Cependant il est facile de comprendre que les inégalités sont six fois plus importantes dans les systèmes autoritaires par le simple fait que les despotes au pouvoir ou les oligarques qui les financent, captent déjà plus de la moitié des richesses à leur seul profit personnel.

Le gâteau, ainsi coupé en deux, sera donc généreusement partagé entre tous les autres.

La file d’attente devant le magasin démuni, le yacht de l’oligarque encré à Saint-Tropez, les 60 pièces du château privé du pseudo président, ou l’hôtel particulier de Neuilly, rien n’y fait car notre héros national mérite le meilleur. Il peut même s’en flatter, en chevauchant vaillamment le dragon de notre aveuglement.

Sur le bien commun.

Il faut être juste en précisant que la seule existence d’inégalités faibles n’est pas, en soit, un critère évident de bien-être. Par contre, ces inégalités deviennent assurément du mal-être, quand on observe que la population vivant sous un régime de dictature, génère un revenu moyen par habitant 11 fois inférieur à celui de la population vivant sous démocratie. Là, ce n’est plus la même ! Vous ne le saviez pas ?
Vous me direz que l’argent ne faisant pas le bonheur, une certaine pauvreté peut être acceptée comme une fatalité heureuse. C’est bien le cas, surtout si l’on ne sait pas qu’autre chose existe. D’où l’acharnement des dictateurs à vous faire croire qu’il n’existe pas mieux ailleurs, simplement en vous interdisant toute comparaison et en réprimant sévèrement tous ceux qui oseraient échapper à cette règle du silence.

Pour tenir cette omerta, il suffit de galvaniser le peuple sur l’agressivité jalouse de tous ces décadents extérieurs, qui complotent pour vous détruire. Votre volonté à survivre, masquera votre difficulté à vivre.

Sur la mesure.

Si mon ami Daniel, bouddhiste éclairé ne m’a pas converti à sa philosophie, il m’a cependant initié à un concept qui me parait essentiel à l’évolution de notre humanité.
Sa théorie consiste à comparer notre cerveau au jardin, qui,  riche de son terreau, laissera pousser naturellement les mauvaises herbes. Si l’on ne prend garde à son entretien, les bonnes graines n’auront aucune chance d’y prendre place, car elles seront lamentablement asphyxiées. De cet entretien dépend donc la qualité de notre récolte, pour ne pas dire la qualité de notre raisonnement, qui nous guidera vers la lumière de la vérité et de la connaissance.  

Nous devenons à l’évidence de piètres jardiniers et la mesure veut reconnaitre que la médiocrité d’information, dont je fais la critique en début d’article, n’est pas, à elle seule responsable du phénomène que je constate. Elle en est simplement une des composantes qui, rajoutée au système même de fonctionnement des réseaux sociaux, en matière d’information, n’est pas négligeable.

Nous pouvons emprunter plusieurs voies pour détruire, sinon notre planète, notre bonheur à y vivre, mais comme nous sommes optimistes, nous dirons que le pire n’est jamais certain.

*indice des critères de démocratie classé de 1 à 10

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