De la lutte finale

Par Alain

Je ne sais pas vous, mais moi je commençais sérieusement à m’inquiéter de la mollesse – toute relative – des tensions sociales de notre pays. Serions-nous en train d’abandonner cette spécificité si sympathique que le monde entier nous envie ? Pourtant, j’attendais avec gourmandise cette rentrée que le cher camarade Giang Luç Me Làng Chông nous prédisait comme le début d’un nouveau Front populaire, imaginant déjà des foules en délire se répandre dans les rues de la capitale, marée humaine portant en triomphe son héros – lui bien sûr – juché sur son bouclier tel un Vercingétorix à la tête de ses fidèles Gaulois. Bon, les faits sont têtus : ce fut un bide !  Ce qui me turlupine par contre, c’est la disparition de cent dix mille manifestants qui ne semble préoccuper personne. Ce chiffre est en effet la différence entre la quantité revendiquée par les organisateurs et le comptage d’observateurs neutres. Se sont-ils évaporés dans un trou noir ? Ont-ils lâchement abandonné cette noble marche en cédant aux sirènes des dames de petite vertu de la rue Saint-Denis ? Je reste sur mon interrogation.

J’ai repris confiance avec le blocage des raffineries ; joli coup d’essai qui permettait à quelques individus de bloquer une partie de la France. J’en conviens volontiers, le rapport investissement humains/emmerdements maximums était très positif… mais tellement décevant sur le fond. Trop moderne et technocratique, manque de souffle, d’héroïsme. Et que dire de l’absence totale de romantisme que requiert pourtant une telle démarche, d’autant que, s’agissant de sites sensibles, les grévistes étaient normalement payés… à des salaires que beaucoup envieraient…

Mais ma patience est récompensée : la RATP entre en action ! Enfin une bonne et belle grève qui fleure bon les douces années 36 ! J’écoutais ce matin un acteur se déverser sur les ondes et dérouler la triste réalité de son travail de misère ; sensible comme je suis, ce bougre m’a ému aux larmes ! A l’écoute de cette litanie, me revenait en mémoire la noirceur de la vie du mécanicien Jacques Lantier, rivé pour toujours à la Lison, sa chère locomotive. Zola n’avait donc rien inventé dans son roman La Bête humaine !

Face à cette terrible détresse qui ne devrait pas nous laisser indifférent, j’en connais qui contestent son bien-fondé. C’est le cas notamment de la Cour des comptes qui note des dérives inacceptables. Ces magistrats, manifestement à la solde du Grand Capital et des lobbies mondialistes s’obstinent chaque année à pointer du doigt la gabegie des deniers publics… sans que cela émeuve grand monde. Leur compte-rendu de la gestion de la RATP donne le tournis tant il est orienté. En voici quelques extraits : Le salaire médian à la RATP est de 2625 euros net, dans le secteur privé c’est 1800 euros. En matière de retraite, la pension moyenne brute d’un  agent est de 2357 euros contre 1410 dans le privé. Concernant les années de cotisation, un départ moyen s’établit à 55,7 ans quand dans le privé il est à 63 ans. En temps de travail la moyenne annuelle est de 1235 heures pour 1607 heures dans le privé.

La mauvaise foi de ces magistrats réactionnaires ne s’arrête pas là ; ils contestent les 311 primes différentes et leur légitimité. Pourtant, quoi de plus normal que de recevoir une prime pour réaliser le travail pour lequel on est payé ! Ainsi, un soudeur touche une prime de soudure, un conducteur une prime de conduite, un opérateur de maintenance une prime lorsqu’il détecte une anomalie technique et une prime de « sang-froid » est accordée à un agent qui a dissuadé un usager de se jeter sous un train. Certains opérateurs perçoivent une prime pour travail sur ordinateur et d’autres pour « usure anormale de chaussures ». Dans cette jungle, les magistrats voient au final que plusieurs d’entre elles ont été détournées de leur objectif initial et utilisées, plus pour éviter les conflits sociaux, que pour obtenir un surcroît d’activité. 

Devant tant de bassesse, ne me reste plus qu’à espérer l’entrée en lice de la SNCF.

Un avis sur « De la lutte finale »

  1. Bien vu.
    A ne pas en douter il y’a des situations critiques pouvant légitimer des grèves du fait de la dévalorisation de la valeur travail permettant d’amortir l’inflation depuis des décennies et de constituer des profits mirobolants que se partagent les investisseurs et la catégorie des gouvernants.
    Ceci dit, je suis tout aussi abasourdi en voyant des salariés remettre en cause le contrat qu’ils ont signé et exigeant de recevoir une prime pour travail accompli, alors qu’ils ont un salaire pour cela. Autrement dit, être payé pour ne rien faire est entrée dans la norme ce que je ne considère pas comme un progrès civilisationnel.

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