A la recherche du bon diagnostic

Le coronavirus marquera nos vies par son empreinte sanitaire et nous ne pouvons que partager la peine de ceux qui ont perdus un proche. Mais il est probable que l’histoire retiendra avant tout le choc économique qui va en découler et les dégâts qu’il va occasionner.

Beaucoup disent que rien ne sera comme avant, en imaginant notre volonté de modifier pour le moins, voire de changer, notre modèle futur de société. Ils pensent qu’il s’agirait d’un rappel de la nature, qui mettrait en évidence, que notre organisation s’est montrée incapable de répondre, au défi qui nous est imposé.

Ils croient que les valeurs retenues par nos modèles économiques ne sont pas efficientes et qu’il convient expressément de les changer pour un meilleur accès au bien commun.

Tout un chacun doit bien admettre que ces circonstances conduisent inévitablement à rectifier et adapter nos futures orientations, afin de mieux gérer ce type de catastrophe.

Faisant fi de toute objectivité, en refusant d’observer notre passé récent, certains pensent que nos modèles sont à refondre totalement, pour inventer une nouvelle société qui porterait des valeurs fondamentalement différentes. Ils vivent au quotidien sous l’emprise d’un sentiment de mécontentement général, ils râlent en permanence, ils revendiquent tout azimut, ils exigent toujours plus d’un Etat providence.  Mais surtout ils se trompent de diagnostic. Il en découle inévitablement qu’ils recherchent et parfois proposent des traitements inadaptés à la véritable situation, que leur aveuglement leur interdit de voir.    

Le souci d’un manager sportif dans l’exigence de la compétition est d’observer les défauts de son équipe et de les rectifier, mais il sait aussi, que l’on ne change pas une équipe qui gagne.

Or, l’observation de la réalité nous force à constater la fulgurante évolution positive de nos sociétés, en termes de qualité de vie, l’efficacité impressionnante de notre adaptation aux nouvelles contraintes et l’amélioration permanente des moyens qui s’offrent à nous.

Le Coronavirus devrait être un révélateur de notre bien-être et devrait générer un optimisme enthousiaste : Il semble qu’il provoque un sentiment général opposé.

Pourtant, qui peut-ignorer le fait que, en un siècle, l’extrême pauvreté mondiale ait été divisée par 28, que notre espérance moyenne de vie ait progresser de 20 ans, que la mortalité infantile ait été divisé par 12, que le niveau moyen de vie de la population mondiale ait été multiplié par 7, alors même que la population est 4 fois supérieure.

Cela ne s’est pas fait sans progrès, sans solidarité et sans humanité. 

En 1918, la Grippe Espagnole apparue au Etats-Unis, en période de guerre, très contagieuse et génératrice d’un très fort taux de morbidité a tué entre 20 et 50 millions de personnes, soit entre 2,5 à 5 % de la population mondiale. 

Ce virus H1N1 n’a fait l’objet d’aucune mesure de confinement à grande échelle et ce n’est que parce qu’il a atteint un taux d’immunité collective important que sa progression s’est interrompue.

Si nous appliquions le même traitement au Coronavirus, à savoir l’attente du résultat naturel d’immunité collective qui était la seule solution connue en 1920, nous supporterions au minimum, 92 millions de mort.

(Population mondiale = 7,6 milliards X 60 % -taux d’immunité collective- = 4,56 milliards d’individus infestés X 2 % -taux de morbidité observé- = 92 millions de morts)

Et cela sans tenir compte de l’évolution des moyens sanitaires qui actuellement permettent 2 % de morbidité, contre 30 % pour la grippe espagnole en 2020.

Sommes-nous aveugles au point de ne pas voir que « l’équipe humanité » est une équipe gagnante et que la mondialisation, la libre circulation des hommes, des capitaux, des matières, du savoir sont le moteur ou le carburant de cette machine à gagner, ou pour le moins y contribuent largement.

Le vrai diagnostic est là, même si les modèles employés pour cette extraordinaire évolution positive génèrent inévitablement des effets pervers qu’ils convient de traiter et de combattre.

Le virus H1N1 de 1920 n’a fait l’objet d’aucune mesure de confinement à grande échelle.  L’incapacité de soins, par défaillance des systèmes de santé, n’a pas fait, à l’époque, l’objet de scandales d’état ou de procès d’intention.

On peut se demander pourquoi ?

D’une part, cette pandémie est survenue en période de guerre ou il n’était point nécessaire de nous rappeler que la vie pouvait être cruelle, pour la vivre au quotidien.

D’autre part, les populations des pays dits civilisées n’avaient pas encore développées la forte habituation hédonique que nous subissons aujourd’hui, qui fait qu’il nous est impossible d’accepter « la fatalité », de trouver insupportable de subir les conséquences d’une telle pandémie et enfin d’avoir le reflexe et l’impérieuse nécessité de désigner des responsables nominatifs à cette situation.

Cette habituation hédonique s’est peu à peu immiscée dans notre esprit tout au long des 60 années prolifiques que nous avons vécus depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.

Deux catastrophes similaires, deux périodes différentes, deux réactions opposées : C’est bien la modification de notre sensibilité qui a changée, pour nous imposer de trouver inimaginable et insupportable, une telle situation en mettant en œuvre des gros moyens pour amortir nos souffrances immédiates.   

Le bon diagnostic est ainsi rétabli : Ce n’est pas que la mondialisation, que la recherche du profit, ni la société de consommation, ni les disfonctionnements des marchés financiers qu’il convient de modifier en urgence, mais une modification de notre perception des événements, dictée par une compréhension objective du passé et de nos progrès.

Adaptons notre projet de société grâce aux enseignements tirés. Apportons les nécessaires modifications à mieux gérer les défis de demain, sans pour autant prendre le risque, de bouleverser totalement un système gagnant, au seul prétexte de notre inconscience à observer tout ce qu’il apporte à l’humanité.

Et enfin, modifions nos exigences pour les adapter à la réalité du constat positif, en récupérant ainsi une sensation de satisfaction, que nous avons un peu facilement oubliée.

Les politiques de protection et nos capacités de traitement du Coronavirus nous ont permis d’amortir le choc immédiat. Reste à savoir les conséquences que pourraient avoir, dans un futur proche, une déstabilisation du système économique mondial avec des incidences majeures en termes de géopolitique. Cela pourrait engendrer, par exemple, des conflits en cascade, pour la prise de pouvoir de nations dominantes ou pour la bonne gestion des ressources naturelles. 

Faute de pouvoir remettre en question notre capacité d’acceptation, il est probable que collectivement, nous recherchions désespérément des modèles introuvables ou inadaptés à répondre aux défis qui nous attendent.

Nous ne trouverons pas, si facilement, de vaccin contre le réchauffement climatique.

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