3. Investissement et spéculation.

La contrepartie d’un prêt est la dette enregistrée correspondante.
La contrepartie d’un actif comptable est le passif comptable qui permet son financement. 
La contrepartie d’une action en bourse est la valeur de l’entreprise qui a émis ces actions.
La contrepartie d’une monnaie papier est l’équivalent en richesse réelle, qui garantit sa valeur.

Mais aussi :
La contrepartie de la valeur d’une offre est l’importance de la demande.

Avant la monnaie, il y avait le troc, qui consistait à échanger un bien matériel contre un autre bien matériel ou un service. La monnaie n’est qu’un outil d’échange qui facilite l’usage du troc. C’est donc une valeur intermédiaire commune, qui nous permet d’échanger plus facilement.

Mais comme en matière de troc, où personne n’aurait idée d’échanger un service, du travail par exemple, ou un bien, contre rien, fabriquer de la monnaie papier et la donner sans contrepartie, ne permet pas de lui conférer une valeur, qui est pourtant sa principale raison d’exister.
Dans ce cas, cette création de monnaie redevient du papier sans valeur, et ne remplit plus son office d’intermédiaire équitable des échanges, offrant la garantie de sa valeur.

Il existe des situations où la valeur des choses peut paraître surévaluée. C’est le cas notamment sous l’effet du mécanisme de l‘offre et de la demande où l’importance de la demande fait le prix de l’offre, indépendamment de la valeur réelle du bien ou du service.

Prenez, par exemple, un tableau, qui n’a au départ que la valeur du prix de la toile, de l’encadrement et du temps de la main d’œuvre pour le réaliser. Ce tableau peut cependant atteindre un prix très élevé, simplement parce que beaucoup d’amateurs d’art veulent le posséder. Ils créent ainsi une concurrence entre eux, qui en augmente le prix. Cette situation, qui encourage la spéculation, à savoir la recherche de profit basé sur la seule augmentation de la demande, à pour inconvénient de fragiliser sa valeur.
En effet, il suffira qu’un quelconque événement, modifie l’importance de la demande, pour que le bien perde immédiatement sa valeur.  

De nos jours, l’exemple du bitcoin, et des crypto-monnaies en général, est le plus représentatif d’une valeur seulement liée à la spéculation : sa valeur ne repose que sur la confiance qui lui est accordée, et cette confiance est pratiquement du domaine de la « croyance », initialement défendu par les libertariens.
Ces monnaies virtuelles, qui ne sont rattachées à aucune réalité macro-économique, ne sont matérialisées que par une succession de chiffres, délivrée par des ordinateurs et enregistrée dans un registre public, simultanément sur des milliers de serveurs : c’est la « blockchain ». L’algorithme est conçu pour émettre une quantité limitée de bitcoins (21 millions) et ce plafonnement lui confère une rareté qui entretient la spéculation, donc la valeur marchande de l’instant. A l’échéance de 2040, date où la totalité des bitcoins sera émise, personne ne peut sérieusement prédire ce qu’il adviendra. Mais d’ici là, le risque d’effondrement porte sur plusieurs événements qui pourraient se produire. 40 % des bitcoins sont détenus par une poignée de personnes (dénommées les « baleines »), qui peuvent être tentées par une opération de déstabilisation concrétisée, par exemple par une revente massive de nature à effondrer le cours, suivit d’un rachat à bas prix qui en relancerait la valeur. Il existe également un autre risque représentatif qui consisterait à « craquer » le protocole de l’algorithme en débloquant la limitation de la quantité d’émission possible. La notion de rareté étant ainsi détruite, on se demande bien ce qu’il adviendrait de sa valeur d’attraction. Il est probable que l’investissement en crypto-monnaies soit d’une volatilité extrême ou tout se joue sur un timing que personne ne maîtrise, réservé aux amateurs de sensations fortes ou aux inconscients risqueurs. C’est du « Ponzi-Madoff » en puissance qui ne vaut, au présent, que sur son attractivité passée.   


Il est communément reconnu que la « pierre » est une valeur sûre, mais cela est en partie faux. En effet, si le prix d’une maison déterminée est à peu près le même partout, car le prix des matériaux et de la main d’œuvre pour la fabriquer sont équivalents, il faut bien que cette maison soit construite sur un terrain, dont le prix, dépend justement de l’offre et de la demande. Comment expliquer qu’une même maison, construite au fin fond de la Creuse, ait beaucoup moins de valeur que la même, dans une station balnéaire réputée. C’est bien le prix du foncier, déterminé par la forte demande, qui fait la différence. Cette situation fragilise raisonnablement la valeur du bien. Il suffit qu’un événement exceptionnel intervienne pour modifier cette valeur, comme par exemple une pollution, un changement climatique…. Qui modifierait l’intérêt des acheteurs et donc changerait immédiatement le prix de vente du bien considéré. 


Il en est de même pour la valeur des actions d’une entreprise. Il existe bien une valeur comptable d’une action qui est déterminée en fonction de la qualité de l’entreprise en matière de clientèle, de chiffre d’affaires ou de bénéfices réalisés. Mais cette valeur établie à un moment déterminé n’est pas l’assurance qu’elle restera la même dans le futur : Elle peut progresser ou régresser. Acheter une action est donc un pari sur l’avenir, un espoir d’augmentation de cette valeur, par amélioration des performances de l’entreprise, un risque si cette performance baisse.

La cotation en Bourse est un moyen de stabilisation de la valeur des actions, du moins, pour partie. En effet, si le cours d’une action est directement lié au principe de l’offre et de la demande, ce principe est cependant expertisé par des facteurs techniques concrets, ce qui le rend légèrement moins aléatoire.

La valeur de l’or est plus stable car on ne peut pas multiplier la quantité d’or existante ou du moins dans de forte proportion car, pour cela, il faudrait trouver un filon exceptionnellement productif, ce qui est très fortement improbable : c’est pour cela que l’on considère que l’or est une valeur « refuge ».

Donc, si le prix d’achat d’un bien ou d’un service et l’idée que l’on se fait de l’évolution de cette valeur sont déterminants pour décider son acquisition, une autre question devrait guider notre choix : Quelle est la fiabilité de sa valeur, celle qui détermine le risque encouru à terme ?

Pour ce faire il convient, d’une part, de s’interroger sur la nature même de l’investissement et, d’autre part sur notre capacité d’expertise, pour vérifier la probabilité de son évolution.

En fait, on retrouve une similitude avec le turfiste. Il y a celui qui joue en sélectionnant ses chevaux gagnants au hasard, et celui qui expertise le sujet par une connaissance approfondie du milieu. (Etat de forme et performances récentes des chevaux, qualité de l’entraîneur, nature du terrain…etc.).
Il en est de même en Bourse ou la différence de réussite régulière se fera grâce à l’expertise.  (Connaissances économiques et structurelles de l’entreprise concernée, connaissance de ses projets… ).

En conclusion, notre choix du type d’investissement doit se faire essentiellement en fonction de notre capacité à expertiser le sujet concerné, ce qui permet d’apprécier la part de l’aléa contenu dans le prix, et donc d’évaluer le risque encouru.  

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